Le Doyen Raconte

Monsieur et Madame Pujol acceptent, pour nous, d’évoquer l’histoire de leur maison : "A la demande de personnes désirant s’informer sur les grandes et belles maisons d’autrefois, situées dans le bas du village construites dans les années 1830-1850, je vais essayer d’y répondre, ayant à l’appui quelques archives retrouvées chez moi.

En ce qui concerne la maison où j’ai vécu presque toute ma vie, je peux dire - grâce à des actes notariés que j’ai retrouvés - que ce serait Monsieur Pierre Castan, maire du village, qui l’aurait fait construire et qui, avant sa mort, en a fait donation à une de ses filles en 1856, Virginie, épouse de Jean Baptiste Marty. Devenue veuve et ayant perdu son fils unique à vingt ans dans des circonstances très dramatiques (à la suite d’un incendie dans le village : voulant sauver un enfant, il perdit la vie) elle fit construire un calvaire tombeau sur ses terres.

Très pieuse, elle fit venir des religieuses qu’elle logea dans sa grande maison afin de faire une école de jeunes filles à Roquefort. Quelques années plus tard, elle fit donation de la maison à ces mêmes religieuses.

Mais, lorsque l’Etat français vota la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat, elle reprit sa maison avant que l’Etat ne s’en empare. A sa mort, elle laissa un testament en faveur de son notaire Maître Léon Ruffel qui hérita de ses biens. Celui-ci n’ayant pas d’héritier les légua à sa mort à son clerc de notaire, Monsieur Paul Pujol, père de quatre enfants dont j’étais le dernier.

C’est pendant les vacances du mois d’août que nous passions à Roquefort, que mes deux sœurs furent emportées par la fièvre typhoïde qui sévissait dans le pays. Puis un an plus tard, ce fut mon père.

J’avais cinq ans lorsque ma mère décida d’habiter la grande maison de Roquefort avec mon frère aîné qui se maria, quitta la maison, où nous nous retrouvâmes bien seuls, ma mère et moi, sans confort, sans eau et sans chauffage.

Quelques années plus tard, ce fut la guerre. La maison fut réquisitionnée par les troupes allemandes, nous laissant, à ma mère et à moi, une seule pièce. Les meubles furent saccagés, le linge volé, la vaisselle détruite et les murs dégradés.

Maintenant, "LA GRANDE MAISON», pourvue du confort nécessaire, nous permet enfin de profiter d’une vieillesse paisible."

« C’est dans cette « grande maison » que j’ai connu de grandes joies, mais aussi de grandes peines. » conclut avec beaucoup d’émotion Monsieur Pujol, que nous remercions vivement.