Poésie


EE éé : Ecriture

Tous les matins d’école, une lettre attendait,
Régulière, bien ronde, au trait bien appuyé,
Riche de l’élégance des pleins et déliés
Elle masquait la noirceur du vieux tableau usé.

Cette sculpture en craie avait l’air d’éclairer
Nos têtes ignorantes de jeunes écoliers.
C’était ce vrai chef-d’œuvre qu’il fallait imiter
En trempant prudemment la plume dans l’encrier.

Pour limiter les taches et surtout les pâtés
De la Sergent-Major souvent mal contrôlée,
Nous avions un buvard, rose, et déjà souillé
Qui pompait l’excédent de liquide puisé.

Quelques mouches noyées au fond des encriers,
Quelques bouts de papier qu’on y avait jetés,
Contrariaient nos élans et venaient aggraver
Nos soucis d’apprentis pour du travail soigné.

La langue jusqu’au nez, le nez près du cahier,
Le dos bien voûté, les doigts plus que crispés,
Plus question de bouger, de se déconcentrer,
C’était le grand moment, l’heure de vérité.

Majuscules élancées, minuscules serrées,
Trois lignes pour chacun et gomme prohibée,
Il fallait terminer en un temps limité,
Puis s’extraire des bancs et pupitres accolés
Pour aller au bureau présenter son cahier.

Pauvres mains maculées qui parfois dérapaient !
Pauvre page griffée et quelquefois trouée !
Je ressens la torture de la feuille arrachée :
Avec tous ces efforts si mal récompensés
J’aurais dû détester apprendre l’alphabet !


Nadia Roou.