Poésie


Le couteau

Pour moi, il y a de quoi vraiment, rester pensif
Quand on voit qu’en avion on refuse un canif !
Qu’auraient dit nos anciens de telles restrictions
Eux, qui à leur couteaux vouaient une passion ?

Il était l’attribut du monde paysan,
Du chef de la famille, du petit artisan,
Et tout homme accompli et qui se levait tôt
Avait dans les campagnes, à la poche, un couteau.

Fidèle compagnon de toutes ses journées
Il était son outil, toujours bien affûté,
Dont il lustrait la lame sans eau et sans savon,
La frottant simplement contre ses pantalons.

Il l’emportait partout, à la chasse, à la pêche,
Il coupait le roseau comme une branche fraîche,
Il creusait un sifflet ou piquait un jambon,
Dépeçait un lapin ou sculptait des santons.

L’ouverture annonçait qu’on se mettait à table.
Le chef coupait le pain de façon équitable
Et ne prenait jamais aucun autre instrument
Que ce couteau utile, pour lui, à tout moment.

Et quand une heure après on entendait tinter
La lame de métal qu’il avait repliée,
C’est qu’il était grand temps de reprendre le cours
Des travaux commencés jusqu’à la fin du jour.

Signe de liberté, preuve d’indépendance
On l’offrait au jeune homme après l’adolescence.
Symbole de puissance et de virilité
Il sonnait le début de la maturité.

Rituel solennel qui séparait deux mondes,
Le couteau qui dès lors remplacerait la fronde
Faisait des envieux, suscitait le respect
Pour ce nouvel admis au rang des initiés.

Nul n’aurait dit de lui qu’il était arme blanche.
Il était le secours, le soutien, l’aide franche,
Et c’était un plaisir de l’avoir avec soi
Pour qu’il soit simplement l’auxiliaire des doigts.


Nadia Roou.