Les Nouvelles d'Hier


Soirée philo du 6 juillet 2010

"Séduire et être séduit."

Le premier sens, du latin, est : séparer, tirer à l’écart ; et au début du 16ème siècle, le sens péjoratif apparait : emmener une personne à des rapports sexuels hors mariage. Puis le sens s’est élargi : détourner du vrai.

A noter que Colette rapproche la volonté de séduire de dominer. Et Bachelard : « le visage humain est avant tout l’instrument qui sert à séduire , donc le sens évolue, il devient plus positif : attacher, plaire, charmer.

Peut-être faut-il distinguer 2 termes, séducteur et déduisant. Est séducteur celui qui cherche à utiliser son pouvoir de séduction pour dominer, exercer son pouvoir, affectif ou autre. Est séduisant celui qui utilise les moyens de plaire, d’être attrayant, agréable à fréquenter, sans qu’il y ait volonté de nuire ou dominer.

Par la séduction, on sort de la prédation , qui est du côté d’un rapport de forces (exemple : le viol) avec autrui. La séduction marquerait l’entrée dans la culture : la lutte pour la maîtrise des femelles est présente chez les mammifères ; mais chez les oiseaux en particulier, on constate des comportements de séduction (chants, danses, plumage voyant) et alors, ce sont les femelles qui choisissent les partenaires.

Dès lors, l’évolution du sens le rend plus positif, voir la " carte du tendre", que doit suivre le prétendant ou " l’amour courtois" qui diffère ou interdit toute satisfaction. Tout cela permet aux mœurs d’évoluer lentement vers une égalité des conditions, masculine et féminine. En ce sens, séduire, c’est charmer et êtres séduit, c’est tomber sous le charme.

Le problème, donc, se ramène à la finalité de la séduction. Il ne faut pas réduire le champ de la séduction à la conquête amoureuse ou au domaine sexuel. La séduction concerne l’ensemble des rapports sociaux, la finalité en est alors multiple. Pensons à des professions ou des situations qui jouent pour l’essentiel sur ce rapport : la publicité, la mode, la parure, la haute couture.

Sachant que pour être aimé, mieux vaut être aimable, et que pour attirer les mouches, mieux vaut le miel que le vinaigre. Mieux vaut être charmant, voire charmeur que revêche.

Reconnaissons aussi que les « bonnes manières », ou plus généralement « le savoir vivre » affinent ou raffinent les rapports humains. La politesse, la retenue, voire la pudeur, valent mieux que la confrontation, l’arrogance ou la provocation, les incivilités, le machisme ou toute forme de violence. Le contrôle de soi vaut mieux que le rapport de forces.

On aboutit donc à une éthique de la séduction. Peut-on ne séduire que pour séduire ?